Un haut seigneur du Toulousain entre 1200 et 1220

Lupus Alhiavela de Tolosa n’a jamais existé.  

Bien que fictive, son identité a été rigoureusement élaborée : elle est le résultat du croisement de morceaux de vie appartenant à différents personnages historiques, sélectionnés pour leur statut social identique, leur contemporanéité et leur origine géographique.

 

Le projet comprend :

- un costume civil de cour

- un costume civil plus adapté à des activités aristocratiques d’extérieur comme la chasse

- le costume militaire complet avec harnachement du cheval

 

 L'ensemble est en cours de réalisation. Il devrait prendre forme au cours de l’année 2010.

 

Ce personnage sert également de « terrain d’expérimentation » à un travail universitaire portant sur le costume civil et militaire du sud-ouest de la France au début du XIIIe siècle. L’occasion de mettre à l’épreuve des prototypes, comparer les données issues de leur observation avec les éléments rassemblés par le biais de la  recherche traditionnelle (avec toutes les limites et les précautions que cela impose, bien entendu).

 

Lop Alhiavela de Tolosa (oc.) - Lupus Domini Alhiavele Taurinii et Castelbaranis, vicecomitis Bruniquelli.

Loup, seigneur d’Alhiavela, Taurines et Castelbaran, co-seigneur d’Allès.

Son union avec Conteresse de Rabastens en 1212 lui apporte le titre et les droits sur la vicomté de Bruniquel.

 

Loup (Lupus, Lop)[1] est le fils naturel de Raimond VI comte de Toulouse[2] et de la dauna d’un castrum de la vallée de la Save (Savus), à la marche du comté et de la seigneurie de L’isle[3].

Né en juillet 1190, il est placé à la cour de son père, sa naissance illégitime ne constituant pas un obstacle à son éducation comme le veut l'usage en toulousain: les enfants naturels jouissent parfois d’une reconnaissance certaine et de droits variables.

Le divorce du comte et de sa troisième épouse[4]  le positionne un temps en héritier légitime.  Mais le parti de Jeanne d’Angleterre - sœur du roi Richard  - s’offrant alors, la succession est garantie à l’enfant  issu de ce nouveau mariage.[5]

Confié à l’enseignement d’un clerc navarrais, il fait l’apprentissage des armes et parfait son éducation au service d’un diplomate champenois qui le familiarise avec les us des grandes cours d’Europe.

En 1208 à la mort de sa mère, il hérite de la seigneurie d’Alhiavela et de quelques bourgades du Lauragais en alleu[6] ou coseigneurie[7].

Raimond lui remet le château et les dépendances de Taurines sur la rivière Hers, aux limites du pays de Foix : vaste et prospère, il contrôle les activités économiques qui s’épanouissent alors dans le pays d’Olmes autour des bourgades comme Laroque.

 

Loup est un baron de relative importance. Il exerce une autorité foncière et banale. Il a le pouvoir et la richesse suffisante pour se constituer une clientèle, ce que le monde médiéval à retenu sous le nom de « vassaux » ;  et inféodé lui-même à son père le comte de Toulouse, il doit chevaliers et hommes d’armes à l’ost dès que celui-ci en fait la demande.

 

La vie de ce personnage est bouleversée par la guerre connue sous le nom de « croisade contre les albigeois » : il participe aux campagnes de son père et subit comme l’ensemble de la noblesse locale les succès militaires de Simon de Montfort.

Défait lors de la bataille de Muret (12 septembre 1213), il est contraint de fuir avec  une grande partie du potentat méridional. Ne pouvant rallier l’exil de son père en Aragon, il entreprend un voyage dans le nord de la France. Comme tant d’autres faydits – seigneurs « occitans » dépossédés de leurs terres par droit de conquête – il doit s’adapter à une vie nouvelle,  attendant le signal de reconquête du comte Raimond…



[1] Source du praenomen (prénom) du personnage : Loup de Foix (Lupus de Fuxo) fils illégitime du comte de Foix Raimond-Roger (1188-1223), seigneur de Saverdun, signalé dans divers actes notariés notamment un charte de 1223 où il apparaît comme témoin (Archives du chateau de Léran A1- 5/3,  Cartulaire de Mirepoix ( Pasquier)) : Nos, dominis hujus castri Mirapisci, videcelet, Petrus Rogerii et Izarnus, ejus, frater, et ego Lupus de Fuxo, pro me […]. Bien qu’original, ce prénom est argumenté et parfaitement adéquat pour notre projet (même situation, phase chronologique et aire géographie d’appartenance).

Plus généralement, ce sont les personnages historiques de Bertrand de Toulouse (fils illégitime de Raimond VI, seigneur de Montclar puis vicomte de Bruniquel) et de Loup de Foix qui ont servi de trame à l’élaboration de cette identité fictive.

Son nom tel qu’il pourrait apparaître dans des sources de langue occitane est le suivant : Lupus (ou Lop) Alhiavela de Tolosa (prononcer : Aliabelo dé Toulouzo) La mention de la « branche » souche – de Tolosa – est impérative (comme pour Bertrand de Toulouse ou Loup de Foix). « Alhiavela » est un toponyme changé en sobriquet, de « alh » aïl et « vel » beau/bien : littéralement le « bel aïl ». Le nom de sa cité dû à la culture de l’aïl. Il sera lui-même surnomé « Alhiavel ». Comme cognomen, « Alhiavela » peut donc être adjoint sans particule au prénom (une des sources prises en exemple : la famille des Batalha de Mirapisce – « bataille » de Mirepoix -).

 

[2] Raimond duc de Narbonne, comte de Toulouse, d’Albi de Rouergue et  de Nîmes, marquis de Provence (1194-1222). Inscription figurant sur son sceau (BNF) : Ramundus, Ducis Narbone, Comitis Tolose, Marchionis Provincie.

 

[3] L’isle-Jourdain actuelle (32)

 

[4] Bourguigne de Chypre, son épouse entre 1193 et 1196. Mariage précédé par une union avec Ermissinde Pelet (1173 – 1176) et Béatrix de Béziers (1178 – 1193).

 

[5] Raimond dit « le jeune », comte de Toulouse connu sous le nom de Raimond VII en 1222.

 

[6] Allodium : Un alleu est une terre possédée en propriété complète, libérée ainsi de tous devoirs féodaux supérieurs.

 

[7] Possession foncière/et ou banale divisée entre plusieurs héritiers. Disposition féodale propre aux régions méridionales.